Les organisations de défense des droits LGBTI sont sur le qui-vive, car le gouvernement camerounais a suspendu plusieurs organisations de défense des droits humains et de développement, les accusant de malversations financières.
Annoncées initialement en décembre, ces suspensions ne touchent pas directement les organisations de défense des droits LGBTI, mais suscitent des inquiétudes quant à leur possible prochaine cible.
Au Cameroun, les organisations de défense des droits LGBTI sont principalement classées comme associations de lutte contre le VIH/sida, une classification rendue nécessaire par l’homophobie législative, culturelle, traditionnelle et religieuse du pays. De ce fait, elles éprouvent des difficultés à soumettre les rapports requis aux autorités, leurs activités de défense des droits des personnes LGBTI étant très controversées au Cameroun.
Parmi les organisations suspendues par le Ministère de l’Administration territoriale figurent :
- REDHAC, Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale, favorable aux personnes LGBTI, qui forme et soutient les défenseurs des droits humains dans huit pays africains. Son travail sur des questions sensibles liées à la démocratie, à la guerre dans le Cameroun anglophone et à l’élection présidentielle du 5 octobre le place en porte-à-faux avec le gouvernement camerounais.
- Reach Out Cameroon, une organisation à but non lucratif dirigée par des femmes, dont le siège est dans le sud-ouest du Cameroun, promeut la santé et lutte contre les violences sexistes.
- La Fondation L.M. Nanje, une organisation à but non lucratif 501(c)(3) basée aux États-Unis, promeut l’éducation et le développement dans le sud-ouest du Cameroun.
Le ministre Paul Atanga Nji a déclaré que les suspensions étaient justifiées par :
- Financement jugé illicite et disproportionné par rapport aux activités déclarées ;
- Absence de justification de l’utilisation des fonds reçus ;
- Non-respect de la réglementation régissant les organisations à but non lucratif ;
- Suspicion de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme, selon les autorités.
S’il n’en tenait qu’à cela, aucune organisation au Cameroun ne dépendrait de l’étranger.
Mais le ministre estime qu’elles ne devraient être financées principalement que par les cotisations de leurs membres.
Aussi, ces suspensions ont suscité de vives réactions parmi les parties prenantes concernées.
Alice Nkom, avocate chevronnée spécialisée dans les droits LGBTI et présidente du REDHAC, a nié les accusations de Nji et a déclaré qu’elles révèlent « le chemin qu’il nous reste à parcourir pour construire un Cameroun où les lois protègent, au lieu d’opprimer. Un Cameroun où la justice n’est pas utilisée comme un instrument de peur, mais comme une arme d’équité et de paix ».
Les ONG ont dénoncé ces suspensions comme étant arbitraires, entravant leur travail humanitaire et la défense des droits fondamentaux. En réponse, le gouvernement a affirmé que cette mesure était nécessaire pour renforcer la transparence financière et le contrôle des activités à but non lucratif.
Dans le cadre d’une possible escalade de la répression, une note gouvernementale circulerait actuellement, appelant les institutions diplomatiques situées au Cameroun à cesser tout soutien financier aux organisations à but non lucratif. Un tel changement de paradigme priverait à coup sûr les associations de leur capacité à lever des fonds auprès de partenaires internationaux.
Par ailleurs, l’association de défense des droits des personnes LGBTI, Alternatives Cameroun, a été contrainte de cesser ses activités à la suite d’une descente de police à son siège sis à Douala le 30 septembre 2024. Cette fermeture avait été ordonnée par la direction régionale de la santé publique, mais cette mesure a laissé sur le carreau environ 1 800 patients atteints du VIH sans traitement idoine.

