Afrique subsaharienne

Madagascar : Le défi de se créer un espace de visibilité dans un pays où l’homosexualité est taboue

Dans la capitale Tananarive, de l’île-continent qu’est Madagascar, il est encore mal vu de faire partie des minorités sexuelles et de genre. Pourtant depuis 4 ans, les militants de Queer Place Madagascar parviennent à offrir grâce au bouche à oreille des espaces de rencontre tout en veillant à ne pas crisper la société malgache. Un exercice d’équilibre subtil que des militants locaux souhaitent faire connaître à travers nos colonnes.

(Instagram : @igersmadagascar)

Le contexte insulaire malgache

« Madagascar est une terre chrétienne très catholique de 30 millions d’habitants et ces valeurs imprègnent nos élus (Madagascar est à 60% chrétienne selon l’association des archives de données sur la religion). Aussi, s’il existe quelques associations LGBT+ sur place – il y en a 3 en tout – il demeure un gros travail de plaidoyer à faire, comme en atteste la loi sur les violences basées sur le genre qui n’inclut toujours pas les violences faites aux personnes LGBT+ », affirme Diamond (pseudonyme).

En effet, la loi n°2019-008 du 16 janvier 2020, relative à la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG) à Madagascar, définit ces violences comme « tout acte de violence dirigé contre une personne en raison de son sexe » . Or, cette définition met l’accent sur le sexe biologique et ne mentionne pas explicitement l’orientation sexuelle ou l’identité de genre.

De plus, le Code pénal malgache, dans son article 331, criminalise les actes « impudiques ou contre nature » avec un individu du même sexe âgé de moins de 21 ans, alors que la majorité sexuelle est fixée à 14 ans pour les relations hétérosexuelles . Cette disposition est considérée comme discriminatoire envers les personnes LGBT+.

Prioriser l’expression de la parole LGBT+ malgache avec « Feon Queer« 

Chaque mois, Queer Place Madagascar organise des ateliers consacrés aux témoignages (@QueerPlaceMadagascar)

Face à un personnel politique sensible aux arguments des chefs religieux, Queer Place Madagascar a décidé de prioriser l’éclosion de la parole parmi les personnes LGBT+, afin de commencer à faire reculer le tabou de leur orientation sexuelle auprès des premières personnes concernées.

Mx (pseudonyme) explique : «Madagascar est un très grand pays et pour pouvoir toucher le plus grand nombre, l’on a lancé depuis quelques mois une programmation de 8 podcasts en langue malgache en s’appuyant sur notre chaîne YouTube.

Notre podcast s’appelle Feon Queer (Voix Queer en français) et il permet à plusieurs intervenants de prendre la parole pour lever les stigmates autour des communautés neuro-divergentes qui peuvent subir de l’anxiété, de la dysphorie de genre ou parfois des troubles de l’attention, souvent causés par un climat de stress engendré par les LGBTphobies.

« Il nous fallait avoir notre propre média »

Dans un pays où la société ne nous permet pas de travailler avec des radios privés, il nous fallait avoir notre propre média et l’on doit dire aujourd’hui que l’on arrive à toucher principalement des jeunes de moins de 30 ans (NDLR : la moyenne d’âge de l’île est de 19 ans en 2025 selon le Fonds des Nations Unies pour la population).

Qui plus est, cette activité intervient en prolongement et en complémentarité aux ateliers de sensibilisation mensuelle que nous menons chaque mois en présentiel dans la capitale, au sein de locaux que nous louons dans des espaces privés, à l’abri des regards indiscrets.

Par contre, faute de moyen et afin d’éviter tout backlash, l’on ne se sent pas à même de se lancer dans la gestion d’un refuge, car un lieu identifié peut constituer une cible et l’on se refuse à endosser cela dans le contexte social et politique actuel du pays ».

Consolider les actions festives et l’intégration politique régionale LGBT+

La gastronomie est au coeur des moments de convivialités (Instagram : @igersmadagascar)

A l’approche des échéances à venir avec la journée internationale de lutte contre les LGBTphobies, le 17 mai ainsi que le mois des fiertés qui se déroule en juin, Diamond et Mx songent à pérenniser les évènements des années précédentes, telles que la « Pride indoor », tout en étant conscientes des contraintes.

« Pour le 17 mai, l’on organisera probablement un atelier sur l’homophobie, mais pour l’heure, rien est acté, car l’on a encore besoin d’organiser une collecte de fonds privés. Aussi, pour le mois des fiertés, l’on organisera des festivités, mais l’engouement va nous amener à devoir considérer un lieu plus grand et plus vaste que l’an passé. Sachant que la sécurité et la discrétion doivent rester les maîtres mots, même quand l’on veut s’amuser », assure Diamond.

En définitive poursuit-elle : « Cette année l’on veut reconduire la Pride Indoor, mais en même temps l’on souhaite pouvoir apporter une touche de nouveauté et d’innovation avec un lieu qui puisse abriter des performances culturelles de slammeurs, de poètes, de musiciens ou de plasticiens, artivistes issus de nos communautés ».

« La sécurité et la discrétion doivent rester les maîtres mots, même quand l’on veut s’amuser »

Enfin, à l’échelle plus globale, Queer Place Madagascar est engagée dans des dynamiques de rapprochements tant avec l’Afrique australe, qu’avec les petites îles des Mascareignes voisines.

« L’association Pilon de l’île de la Réunion, ainsi qu’Out Moris à l’île Maurice et Men Engage Africa en Afrique du Sud sont nos partenaires régionaux principaux, nous plaçant à l’interface de l’Afrique continentale et de l’Océan Indien », affirme Mx.

Autant de réseaux qui laissent augurer de dynamiques à venir plus larges, dans une sous-région africaine insulaire très largement engagée dans une dépénalisation de l’homosexualité, à l’exception de l’archipel des Comores.

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