La décision prise par Donald Trump, le 20 janvier dernier, de suspendre l’aide internationale américaine pour une durée de 90 jours a pris de court l’ensemble des organisations humanitaires œuvrant à la lutte contre la faim dans le monde ou œuvrant à un meilleur accès à des soins de santé auprès des publics les plus vulnérables.

Le 5 mars, la Cour suprême des États-Unis à majorité conservatrice a refusé d’annuler une décision d’une juge fédérale de Washington ordonnant à l’administration Trump de verser près de 2 milliards de dollars d’aide étrangère gelée.
Une décision de justice mais pas de changement
Mais cette décision ne signifie pas pour autant que l’aide étrangère sera effectivement débloquée auprès des parties plaignantes. Deux raisons à cela :
La Cour suprême a d’abord renvoyé la question au juge Amir Ali du tribunal fédéral de district de l’État de Washington pour « clarifier les obligations que le gouvernement doit remplir ».
Puis le 13 février, le juge Ali a rendu une ordonnance restrictive temporaire interdisant aux autorités américaines de mettre fin ou de suspendre le versement des fonds alloués dans le cadre de contrats conclus avant l’entrée en fonction du président Donald Trump.
Depuis lors, la capacité des États-Unis à reprendre le versement de l’aide au développement est incertaine, car entre temps, l’agence d’aide à l’étranger, USAID, a été largement démantelée, ne comptant plus qu’une équipe réduite de personnels rétifs à se conformer à une directive visant à reprendre le financement de l’aide humanitaire d’urgence, en raison de l’opposition de la Maison Blanche.
Pour l’heure, les conséquences de ce blocage sont d’ores et déjà effectives, avec la vie de milliers de personnes dépendantes de l’aide internationale, en danger, qu’il s’agisse de femmes, d’enfants en bas âge ou de personnes LGBT+ sous traitements antirétroviraux, dans le cadre de la lutte contre le VIH.
Des conséquences humanitaires préoccupantes
Le Washington Post a apporté les précisions suivantes :
« L’action en justice visant à rétablir le financement a été intentée par l’AIDS Vaccine Advocacy Coalition et le Global Health Council. Elles ont déclaré que l’administration Trump avait manifestement ignoré une ordonnance de justice qui exigeait que les paiements suspendus reprennent à la mi-février.
Aussi, les parties plaignantes ont déclaré que la suspension de l’aide américaine avait contrait de nombreuses organisations non-gouvernementales à licencier des employés et à être dans l’incapacité de régler leurs charges, se retrouvant même parfois insolvables, rendant impossible ou retardant la fourniture de vivres et de médicaments dans des régions du monde particulièrement instables ».
Une administration Trump défiante
La Radio Publique Nationale (NPR en anglais) américaine ajoute :
« L’ordonnance du juge Ali qui a été confortée par la Cour Suprême le 05 mars n’est probablement que la première d’un long bras de fer politique et judiciaire qui semble entamé puisque l’administration Trump a estimé ne pas avoir suffisamment de temps pour ce conformer à cette décision, afin de rechigner l’appliquer. En outre, elle estime que le juge outrepasse les limites du périmètre de ses fonctions pour empiéter sur les prérogatives du pouvoir exécutif ».
L’AIDS Vaccine Advocacy Coalition de son côté estime que le manque de temps invoqué par l’administration Trump est la résultante de sa propre inertie volontaire, puisque depuis l’ordonnance du 13 février aucune mesure n’a été prise pour s’astreindre aux décisions de justice. Pourtant les ONG invoquent une simple demande de retour à un statu quo ante, quant à la poursuite des engagements que l’État américain avait commencé à honorer avant la prise de fonction de Donald Trump, le 47ème président des Etats-Unis ».
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