Afrique subsaharienne

Une chanson de murder music homophobe devient virale au Cameroun et sur internet

S’appuyant sur une culture camerounaise très permissive en matière d’homophobie et des lois très répressives vis à vis des homosexuels, avec notamment l’article 347-1 du code pénal qui prévoit jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et 200 000 francs CFA d’amendes, l’artiste de Mbolé (un genre musical urbain) Snoopy la Mélodie emprunte le sillon de la murder music au même titre que d’autres chanteurs francophones qui l’ont précédés, à l’instar d’Admiral T, Krys, Lovy Jam ou encore Matinda Di Lion/Rastar.

« Les Nerfs Boys » dont le couplet homophobe tourne en boucle au Cameroun est le tube local en vogue du moment.

Par Jean Jacques Dissoke

Une homophobie festive

Au Cameroun, les personnes LGBTI ne sont que trop conscientes qu’elles vivent dans une société saturée de rhétoriques homophobes avec un quotidien ponctué d’attaques violentes.

Ces dernières semaines, cette diatribe a pris une nouvelle tournure depuis l’avènement d’un single homophobe viral incitant à attenter à la vie des personnes LGBTI, intitulé « Les nerfs des boys » et dont le refrain culte est « Poignardez les PD ».

Interprétée par un artiste qui répond du nom de scène Snoopy la Mélodie / Capitaine du Ghetto, cette chanson est disponible sur les grandes plateformes de streaming de musique en ligne telles que Deezer, Spotify ou encore Apple Music, suscitant un grand émoi parmi les défenseurs des droits humains.

La plainte déposée par l’ADEFHO inclut cette photographie d’un chandail qui est distribué en marge des soirées dansantes au Cameroun.

Les avocats portent l’affaire en justice

Aussi, l’association de défense des droits des homosexuels (ADEFHO), par l’entremise des avocats maître Alice Nkom et maître Hugues Arsène Medou, s’est emparée de ce dossier et a décidé de déposer plainte le 19 novembre dernier contre l’auteur-compositeur, dont le nom d’état-civil n’a pas encore été divulgué.

Ensemble, les avocats exhortent le procureur de la République du tribunal de la juridiction d’Ekounou de Yaoundé au Cameroun, à ouvrir une enquête au titre de l’article 267 du code pénal camerounais, pour incitation à la haine et appel au meurtre.

En outre, la plainte stipule que la ritournelle « Poignardez les PD » a incité les membres de gangs homophobes à se livrer à une forme de vindicte populaire à l’encontre d’hommes prétendument gays, tandis que les t-shirts arborant le slogan « Poignardez les PD », avec un couteau maculé de sang, invitent la population à passer à l’acte dès-méshui.

Interrogé par le magazine Jeune Afrique, le manager de l’artiste incriminé parle, lui, de malentendu et assure que le terme « PD » renvoit aux « partisans de la destruction » selon ses termes et non aux homosexuels. Des propos que d’aucuns jugent dubitatifs ou laissent pantois.

Ci-dessous le texte de la plainte :

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