Dans un message vocal en date du mois d’août, un chef de gang haïtien, Krisla, déjà connu pour être l’auteur de nombreux kidnappings crapuleux, a expressément menacé de s’en prendre aux adolescentes lesbiennes de Fontamara et de Tibwa, deux banlieues populaires de la zone sud de Port-au-Prince, la capitale haïtienne.
Des menaces qui se doublent d’un contexte sécuritaire très dégradé, sur fond de rivalités avec les gangs voisins de Grand-Ravine et de Village de Dieu, alors que les effectifs de la mission de police réclamée par les autorités haïtiennes et financée par les Nations-Unies peinent à faire rétablir l’ordre.

Un pays sous la coupe des gangs
Davantage connus pour leur rôle dans le banditisme, les chefs de gangs cherchent à exercer une autorité morale auprès de la population et de la jeunesse, par la terreur.
Aussi profitant de la viralité des réseaux sociaux, tel que Whatsapp, c’est dans une logorrhée verbale en créole que Krisla a promis de faire interdire les signes et les gestes d’affection entre jeunes adolescentes dans l’espace public, à la sortie des classes, les qualifiant de « Madivine », un terme dépréciatif utilisé pour désigner les lesbiennes.
Pris dans le vertige de son hubris et dans l’ivresse de la colère il poursuit sa diatribe en enjoignant les parents à réprimer socialement les comportements des mineures de « 13, 14, 15, 16, 17 ans » jugés par lui comme impudiques. Les invitant même « à leur courir après », pour les effrayer et les faire fuir.
Proscription de l’homosexualité
Enfin de manière plus politique, bien que l’homosexualité ne soit pas pénalisée en Haïti, il souhaite la voir proscrite de facto dans les zones qui sont sous sa coupe, surtout s’il s’agit de l’homosexualité de femme. D’ailleurs, il ajoute qu’il faut surveiller les filles plus que les garçons, souhaitant renforcer les normes de genre pour les premières.
Pour Edmide de Facsdis, une association de défense des femmes lesbiennes portoprinciennes, alors que les gangs sont désormais coalisés et cartélisés dans une coordination qui se fait appeler « Viv-Ansanm » (vivre ensemble en français), « il y a urgence d’un point de vue humanitaire à permettre aux femmes lesbiennes de quitter le pays, ne serait qu’avec des visas de très courtes durées », tant la situation sur place continue d’être inquiétante.
« Depuis qu’il y a le déploiement de la force de police avec les militaires kényans, rien à changer » déplore t-elle et « les gangs se servent de plus en plus de réseaux sociaux » pour asseoir leur pouvoir auprès des civils qui n’ont pas pu quitter Haïti.
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