La 25ème conférence internationale de lutte contre le VIH/sida à Münich a été l’occasion de relever des progrès substantiels dans l’accessibilité aux traitements contre le VIH, en dépit du COVID, tout en mettant en lumière la spécificité de la situation de certains pays dont on entend fort peu parler dans les gros titres de l’actualité. La Papouasie Nouvelle-Guinée située dans le Pacifique, au nord de l’Australie, en Océanie, fait précisément partie de ces États.

Pour 76crimes, Lesley Bola qui était invité par le Global Black Gay Men Connect nous apporte un éclairage, en tant que responsable d’une organisation locale de prévention du VIH baptisée Key Population Advocacy Consortium-PNG.
Un environnement légal punitif
Lesley Bola : « La Papouasie Nouvelle-Guinée présente un environnement défavorable aux personnes LGBT+, puisque l’homosexualité est passible en théorie de 7 à 14 années de prison, en vertu de l’article 210 du code pénal hérité de la colonisation australienne, même si en pratique cette loi tend à tomber en désuétude.
Néanmoins, son existence crée un environnement politique et social qui s’avère néfaste au quotidien. En effet, les personnes LGBT+ sont en butte à de nombreux préjugés et à une sévère stigmatisation dans l’ensemble de la sphère publique, qu’il s’agisse de l’école, des centres de santé, de soins ou des institutions judiciaires, voire religieuses.
De même, le travail du sexe est illégal en Papouasie depuis une jurisprudence datant de 1978.
Par conséquent, dans ce contexte, le but premier du réseau que j’ai contribué à mettre en place est de travailler à modifier les lois concernant l’homosexualité et le travail du sexe, afin que les publics en question n’ait plus peur de venir à nous quand il s’agit de dépistage et de prévention du VIH ».
Rendre l’accès à la PrEP possible
76crimes : « Qu’en est-il de l’accessibilité des traitements préventifs tels que la PrEP (prophylaxie pré-exposition) pour enrayer l’épidémie ?«
Lesley Bola : « Comme on est un pays en voie de développement doté d’un gouvernement qui criminalise les populations les plus vulnérables face au VIH, l’on est confronté à une grande inefficacité des personnels et des outils de prévention proposés par les autorités.
Ainsi, dans le cadre d’un projet pilote mis en œuvre depuis cette année, avec le soutien d‘ UNAIDS et du PEPFAR – financé par le gouvernement américain – nous déployons progressivement la PrEP dans les 3 provinces du pays [NDLR : la PrEP est un traitement qui empêche toute infection liée au VIH si l’on est observant].
On est dans une approche expérimentale qui a nécessité beaucoup de pédagogie en amont, notamment concernant l’efficacité thérapeutique du traitement pour empêcher la transmission du virus. Et tout cela n’aurait pu être possible sans un soutien international, aussi bien en termes de retours d’expériences que de ressources allouées à l’achat des médicaments.
Actuellement, on essaie d’estimer les coûts et de voir comment le public réagit. Mais si l’expérimentation aboutit, on aimerait pouvoir s’en servir pour amener notre gouvernement et nos dirigeants à repenser la stratégie nationale de santé publique, avec les associations de personnes vivant avec le VIH, ainsi que les personnes séroconcernées.
Enfin, outre les traitements préventifs, l’on souhaiterait voir la diffusion des autotests se répandre plus largement parmi les publics LGBT+ ou les travailleuses du sexe, afin de pouvoir enrayer l’épidémie ».
Anticiper les crises
76crimes : « Quels sont les autres défis à relever pour les acteurs de la lutte contre le VIH en Papouasie ? »
Lesley Bola : « La Papouasie Nouvelle-Guinée accueille des réfugiés de la partie occidentale de l’île fuyant le joug indonésien, tandis que le reste du pays est en proie à des forces centrifuges et à des mouvements sécessionnistes qui réclament l’indépendance de divers territoires insulaires situés au large du pays.
Enfin, il n’est pas à exclure que certaines îles retrouvent une fonction de centres de privation de liberté pour les demandeurs d’asile requérants voulant s’établir en Australie. Par le passé, l’île de Manus a joué ce rôle.
Autant de crises actuelles ou à venir qui doivent amener les petites organisations de lutte contre le VIH de la région du Pacifique à réfléchir à de nouvelles formes de leadership et d’ingénierie de collecte de fonds, à l’international ».

