Aujourd’hui, en ce 14 mars 2024, une page Instagram de défense des personnes LGBT+ antillaises afro-descendantes, intitulée « Mawonaj LGBTQ+ » est venue accuser diverses organisations de la société civile de Guadeloupe et de Martinique – dont Amalgame Humani’s, Secret’s Out et Kap Caraïbe – d’entretenir une rhétorique favorable à l’impérialisme et au néocolonialisme en Haïti, à la faveur d’un communiqué cosigné par ces dernières le lundi 11 mars, qui s’indignait du discours génocidaire d’un des protagonistes de la crise en cours à Port-au-Prince (Jimmy Chérizier dit « Barbecue »).
Ce communiqué de presse constitue un appel urgent et pressant à protéger des populations civiles et vulnérables d’un génocide, en raison des menaces proférées par le leader du gang le plus puissant de la capitale haïtienne (Port-au-Prince).

Plus exactement, ce communiqué invite les associations signataires à sensibiliser leur gouvernement respectif, ainsi que les opinions publiques, en vue de trouver à travers une coopération diplomatique et militaire, des leviers de protection des populations sur place, face à des menaces d’exactions de masse, imminentes, potentielles ou possibles.
Si le droit international consacre effectivement la notion de souveraineté à travers l’article 2§7 de la Charte des Nations-Unies, d’un point de vue moral, il existe un « devoir d’ingérence » quand on a connaissance d’un grand péril qui guette des civils sans défense, alors que la police haïtienne a perdu le contrôle de la situation depuis longtemps.
Et en ce sens, les associations de toute nationalité sont dans leur rôle quand elle exige que tout puisse être mis en œuvre pour éviter un carnage à Port-au-Prince, y compris le recours à la force pour mettre hors d’état de nuire ceux qui menacent de s’en prendre de façon aveugle à la population haïtienne.
Si nul n’ignore qu’Haïti fut jadis une colonie française et que les États-Unis occupèrent le pays au début du 20ème siècle (1915-1934), laissant place à des politiques d’influence ou d’ingérence selon les périodes; il est malvenu au regard du contexte actuel d’invoquer l’impérialisme ou le néocolonialisme, pour discréditer les personnes en Haïti et à l’extérieur qui souhaitent que les civils ne soient plus l’objet d’un quotidien de kidnappings, de balles perdues ou de trafics d’organe, avec pour seul futur l’extermination.
Enfin, il est à déplorer que cette rhétorique accusatrice fasse le lit de ceux qui prospèrent sur le chaos mortifère de Port-au-Prince, à savoir les gangs et les narco-trafiquants qui n’en demandent pas moins, tirant parti de l’anarchie.
Moïse Manoël-Florisse
