Afrique subsaharienne

Nous avons aidé à faire libérer un couple lesbien au Cameroun

Par Jean Jacques Dissoke et Colin Stewart

Au Cameroun, deux femmes ont passé près d’un an derrière les barreaux sans procès après avoir été arrêtées pour homosexualité en janvier dernier.

Katie et Mimi (pseudonymes) ont finalement été libérées le 29 décembre 2023 grâce aux efforts d’avocats et de militants oeuvrant en faveur des droits des personnes LGBT+ au Cameroun. En outre, ils ont reçu le soutien financier des généreux lecteurs d’Erasing 76 Crimes ainsi qu’une subvention de la Fondation Attitude.

Katie et Mimi discutent de leur avenir après être sorties de la prison de Mfou au Cameroun le 29 décembre 2023. (Photo fournie par Défenseurs Sans Frontières, avec visages floutés pour des raisons de sécurité)

Une collecte de fonds est actuellement en cours en faveur des journalistes qui font du plaidoyer en agissant de sorte à faire connaître les situations vécues par des personnes telles que Katie et Mimi, arrêtées en raison de leur liaison et de leur orientation sexuelle.

A ce jour, Katie et Mimi sont 2 des 13 victimes innocentes de l’homophobie au Cameroun et au Nigéria que le Projet Pas Seul/Not Alone, en lien avec le blog Erasing 76 Crimes, s’est évertué à faire libérer depuis Mai 2023.

Jusqu’à présent nous sommes parvenus à faire relâcher 11 des 13 personnes incarcérées

Les ennuis de Katie et Mimi ont commencé le 16 janvier 2023, dans la localité de Mfou, non loin de Yaoundé au Cameroun, suite à une violente dispute conjugale au sujet d’infidélités qui ont tôt fait d’attirer l’attention du voisinage.

Comprenant que Katie, 27 ans et Mimi, 34 ans, sont des lesbiennes, les voisins ont immédiatement prévenu la police qui a effectué une arrestation des deux jeunes femmes.

Comme souvent en ce type de circonstance, les chefs d’accusation retenus contre elles portaient sur leur homosexualité, ainsi que sur l’atteinte à la pudeur (articles 347-1 et 295 du code pénal). Ainsi, en vertu de la loi camerounaise, les relations sexuelles entre personnes de même sexe sont passibles d’une peine pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison et ce y compris pour les femmes, contrairement à beaucoup d’autres pays.

Durant leur détention qui a duré presque un an, le couple de femmes était retenu au centre pénitencier de Mfou de sinistre réputation, en raison des conditions d’insalubrité qui y règnent. Elles n’avaient droit qu’à un seul et maigre repas par jour, tandis qu’elles sont restées longtemps sans pouvoir bénéficier de l’appui d’un avocat, ne sachant où en était l’avancement de la procédure pendant leur détention provisoire.

En mai, le Projet Pas Seul (Project Not Alone) a commencé à faire connaître le sort de Katie, Mimi et des 11 autres prisonniers grâce aux publications d’Erasing 76crimes en anglais. Ainsi, la collecte de fonds a pu démarrer en vue de permettre leur libération et de leur permettre d’avoir un avocat par l’entremise de Défenseurs Sans Frontières (DSF). D’ailleurs, très rapidement, dès juillet, les fonds étaient déjà réunis.

Mais comme un malheur n’arrive jamais seul, il se trouve que le parquet a perdu le dossier de Mimi durant l’instruction ce qui a abouti à faire prolonger leur détention, alors qu’aux Etats-Unis, par exemple, une telle situation aurait conduit à la libération de Mimi et par ricochet à celle de sa compagne.

Les courses livrées au couple de lesbiennes injustement emprisonné, Katie et Mimi, comprenaient de la nourriture pour compléter leurs maigres rations de prison. (Photo de Steeves Winner)

Courant octobre, les bonnes nouvelles ont commencé à venir, puisque Steeves Winner a pu rendre visite au couple, les mains pleines de vivres et d’articles de soin et d’hygiène. Cela leur a beaucoup remonté le moral. Mais il a encore fallu 2 mois supplémentaires d’attente, avant que cette détention ne trouve son épilogue.

En cause, un temps d’instruction fort long, malgré l’insistance de l’avocat de DSF, depuis le mois de juillet, afin que l’audience des victimes ne commence.

Finalement, ce n’est que le 14 décembre 2023 que la comparution de Katie et de sa compagne a pu se tenir, aux termes de moult rebondissements et péripéties, malgré les relances de la partie de la défense..

Une semaine avant, l’avocat qui a pu leur rendre visite, semblait indiquer que le couple était en train de perdre espoir.

Finalement, le 14 décembre le verdict est tombé et le juge a statué de la culpabilité des 2 femmes. Katie a été condamnée à 13 mois de prison et à 200 000 francs CFA d’amende, tandis que Mimi a été condamné à 12 mois de prison ferme assortis de 185 000 francs CFA d’amende. Chacune se retrouve en outre à devoir régler 14 000 francs CFA supplémentaires de frais de justice. En tout et pour tout, il a été infligé à chacune de payer environ 350 euros.

Aussitôt informée, la Fondation St. Paul’s a tôt fait de faire un virement de 700 euros auprès de DSF qui s’est chargée de régler les frais administratifs et les amendes en lien avec la condamnation des 2 jeunes femmes.

Puis, le 21 décembre, DSF a demandé la libération anticipée des 2 condamnées. Le juge a accepté et Katie et Mimi ont pu être libérées dès le 29 décembre 2023, au lieu d’avoir à purger leur peine jusqu’en début 2024.

Dans une brève interview le 29 décembre, Katie a déclaré qu’elle envisageait de quitter Mfou et de pouvoir s’installer ailleurs. « La ville entière nous traite de lesbiennes. C’est insupportable », s’est-elle insurgé.

Aussi, elles ont révélé avoir encouru des menaces de viols, quand elles étaient derrière les barreaux. « Ce risque nous a fait perdre le sommeil petit à petit pendant notre détention », soupire Katie, lasse.

Katie ajoute ne pas comprendre pourquoi sa peine était plus longue que celle de sa compagne. [Leur avocat a expliqué que la peine la plus sévère était due au fait que Katie avait été moins coopérative lors de leur arrestation en janvier 2023, du moins selon le procureur,]

Mimi a même confié sa crainte de ne jamais pouvoir sortir un jour, quand elle a appris que son dossier d’instruction était incomplet. « Je ne pensais pas voir le bout du tunnel », raconte-t-elle.

Prisonnières lesbiennes derrière les barreaux. Cette image a été utilisée dans le cadre d’efforts de collecte de fonds pour Katie et Mimi alors qu’elles étaient encore incarcérées.

Les deux femmes ont aussi tenu à exprimer leur gratitude auprès de la Fondation St. Paul’s et des donateurs.

« Lorsque DSF, dans le cadre du Projet Pas Seul / Not Alone, nous a annoncé qu’elle allait nous aider, nous avons ressenti un immense soulagement », a confié Mimi.

« Je leur serai toujours reconnaissant ; La gestion de nos dossiers, l’assistance juridique et le paiement de nos amendes sont des choses qui nous ont beaucoup aidés », a-t-elle ajouté.

« Nous sommes désormais libres grâce à leurs actions et leurs dons. Nous les remercions infiniment », a déclaré Katie. « En plus de payer nos amendes, nous bénéficions d’une libération anticipée. Nous sommes vraiment heureuses « .

Sur les 13 victimes innocentes de l’homophobie que Projet Pas Seul s’efforce de libérer, pas plus de deux restent à présent derrière les barreaux. Il s’agit de Martha et Sally (pseudonymes) qui sont détenues au centre pénitencier de Bafoussam, dans l’ouest du Cameroun. Elles auraient dû bénéficier d’une libération anticipée courant décembre 2023, mais pour l’heure, elle n’est pas exécutée. Initialement il était prévu qu’elles soient incarcérés jusqu’en avril.

Le travail du Projet Pas Seul / Not Alone est rendu entièrement possible à la fois grâce aux lecteurs d’Erasing 76crimes qui font des dons à la St. Paul’s Foundation for International Reconciliation, mais aussi par la subvention accordée par la Fondation Attitude. Ensemble, ces acteurs et institutions cherchent à accomplir un travail en faveur des droits, de l’égalité et de l’acceptation des personnes LGBTQ+, en particulier en Afrique et les Caraïbes.

Vous pouvez FAIRE UN DON pour nous aider à atteindre notre objectif de collecte de fonds, à hauteur de 5 000 $, qui permettra aux journalistes de plaidoyer que nous soutenons de poursuivre leur travail en 2024. Ils sont actifs au Nigeria, au Cameroun, en Ouganda, dans les Caraïbes, ainsi qu’en Afrique francophone.

Voici différentes manières de faire un don en faveur des droits LGBTQ+ :

  • Dons par carte bancaire via DonorBox. Notre préférence va aux dons organisés sous forme de paiements mensuels récurrents. N’ayez crainte : vous pouvez arrêter les dons mensuels récurrents à tout moment.
  • Dons via PayPal (par carte bancaire ou virement PayPal). Des dons mensuels récurrents sont également disponibles via PayPal.

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