Afrique

Cameroun: Un petit auditoire, un film LGBT important

Carnaval dans le film "Tchinda"

Carnaval dans le film « Tchinda »

Par Erin Royal Brokovitch

Samedi 22 Juillet 2016, était projeté à la salle de cinéma Canal Olympia de Bessengué à Douala le film « Tchindas » dans le cadre du festival Ecrans noirs. Une grande première dans une salle de cinéma mais qui n’a pas vu la mobilisation du public, notamment la communauté LGBT de cette ville.

Une scène du film "Tchindas"

Une scène du film « Tchindas »

20 heures piles, le film est lancé dans cette toute nouvelle et belle salle de Canal Olympia située au quartier Bessengué à Douala. Une ponctualité inhabituelle avec les habitudes dans les évènements des camerounais qui marque comme un symbole de volonté de faire autrement, de bien faire les choses dans cette salle et dans ce festival.

Mais à l’heure où la salle est ouverte au public et que le film est donc lancé, la température glaciale de la salle est exacerbée par le vide de celle-ci. L’on aimerait dire que la salle est clairsemée; non, elle est vide. Au lancement du film, à peine quatre personnes dans la salle qui seront rejointes quelques minutes plus tard en cours du film par sept ou huit autres. Bref au total, moins de 15 personnes pour assister à cette œuvre cinématographique militante.

« Tchindas » — c’est l’histoire attachante et drôle d’une bande de trois amies transgenres et homosexuelles passionnées par la danse et qui mettent toutes leurs énergies pour participer au grand carnaval du Cap Vert.

Elles forment avec les enfants et d’autres jeunes filles de leur quartier le groupe Tchindas, découlant du nom du leader de ce groupe Tchinda. Il ya donc dans l’aventure du film, Tchinda la meneuse, Elvis, la douce, enrobée, et Edinha la star, la plus jeune et toute pétillante.

L’on y voit ces trois personnes qui bravent les clichés en préparant le carnaval. Les enfants qui participent à cette aventure en s’adonnant aux répétitions, aux essayages de tenues que les trois héroïnes confectionnent de leurs soins, voient au-delà de la différence des trois. Le quotidien n’est pas toujours facile, mais l’amour de leur art les fais tenir et permet de relativiser.

Une scène du film "Tchindas"

Une scène du film « Tchindas »

Alors que le carnaval est en plaine préparation, un article de presse parait et est consacré à Tchinda. Il y est décrit comme un élément de curiosité, un homme dont on se demande s’il est une femme. L’article n’est pas forcément négatif et il fait sourire Tchinda et ceux (hommes y compris) qui assistent à sa lecture par elle. Des conversations, l’on entend que l’homosexualité est assez répandue au Cap Vert, Tchinda et ses copines font la remarque de ce qu’il ya beaucoup plus de gays dans le quartier voisin. Un ouvrier, artisan qui aide à la confection du matériel devant être utilisé pour le carnaval fait la blague à Tchinda qu’il aurait dû naitre dans ce quartier là.

« Tchindas » c’est aussi l’histoire vue de personnes transgenres, homosexuelles qui ne sont pas toujours raillées, moquées ou stigmatisées par ceux qui les entoure. Une pensée exprimée comme une sagesse par une dame, dénote de cette tolérance au Cap Vert :

« Nous sommes tous des enfants d’un même Dieu car le soleil brille au dessus de nous tous ! ».

Et tout au long du film, ces ballades et autres chansons de la dame aux pieds nus, icône du Cap Vert, Césaria Evora dont les textes dans leur ultime douceur sont une aude permanente à l’amour, l’amour du prochain, à l’amour de la vie, la vie au Cap Vert sublimée malgré les difficultés, malgré la pauvreté.

Vient alors le jour du carnaval, nos trois héroïnes sont plus belles et rayonnantes que jamais. Elles illuminent dans leur élément, et on voit bien qu’elles vivent pour faire ça ! Edinha perchée haut, dans son rôle de mascotte a une tenue plus aguicheuse que celle des autres filles qui défilent et dansent à leur coté. Elvis on le voit bien est plus heureuse et épanouie que jamais. Tchinda défilant en bas, au devant des troupes semble fière du résultat.

Que dire des réactions du public, aucune animosité observée. Une dame dans la foule observant le numéro d’Edinha fait juste cette remarque en riant : « Oooh vois les percher là haut, elles n’ont même pas peur ».

Oui à ce moment où le carnaval bat son plein, on voit au-delà de la différence, on voit juste des personnes talentueuses et qui assurent le show.

Les Tchindas gagnent ce carnaval et c’est l’apothéose. Le long travail appliqué et plein de dévotion des trois héroïnes a porté des fruits.
L’histoire de l’art comme moyen de voir au-delà de la différence des gays ainsi témoignée dans « Tchindas » devrait alors parler à la communauté LGBT où qu’elle soit.

Oui car l’art rassemble, le divertissement et l’exutoire qu’elle offre permet de transcender les opinions négatives, de s’élever pour apprécier juste la valeur de la personne en représentation, juste en tant qu’être humain, en tant qu’être humain brillant et talentueux.

Dommage que la communauté LGBT de Douala n’a pas répondu présente à cette projection. Les associations identitaires avaient-elles l’information sur le film, l’avaient-elles et n’ont pas assez relayé l’information ?

Ou c’est juste le déficit de culture pour la fréquentation des salles de cinéma qui explique ce défaut de mobilisation, y compris par la population générale à ce film?

Du fait de cette faible participation, le débat prévu après le film qui aurait pu être une très bonne opportunité d’échange entre la communauté LGBT et la population générale et de sensibilisation a été manqué.

Mais il convient de remercier un tel film et son choix par les promoteurs du festival Ecrans noirs, car les quelques réactions après le film en guise de question posées au coordonateur du festival à Douala n’étaient pas absolument homophobes ou transphobes. Aussi, relever ces réactions positives pendant la projection car ce sont essentiellement des rires que l’on a entendu du public présent.

Erin Royal Brokovitch, l’auteur de cet article, est un militant pour les droits LGBTI au Cameroun qui écrit sous un pseudonyme.

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