Afrique/Europe

Boycott lesbien: Les participantes et la SIL reagissent

Les lesbiennes, bisexuelles, et trans* d’Afrique francophone qui participaient dans un atelier du 21 au 24 février au Cameroun denoncent un boycott de l’atelier que certains associations lesbiennes avaient proposé. L’espoir: que le mouvement LGT Africain soit mieux structuré, plus uni et solidaire.

Boycott de l’atelier de Yaoundé:

Les participantes et la SIL reagissent

Par Erin Royal Brokovitch

Suite à la grande polémique suscitée par rapport à l’organisation de l’atelier des femmes LBT d’Afrique francophone, durant laquelle des réseaux et associations des lesbiennes africaines accusaient pour certains le paternalisme de l’association Solidarité International LGBTQI (SIL), basée à Paris, et pour d’autres, la légitimité de Humanity First à abriter cet atelier, les participantes à l’atelier ont publié une lettre ouverte. Et la SIL aussi a presenté son opinion sur la situation.

« Nous dénonçons avec la dernière énergie la cabale orchestrée par
 une poignée d’individus et d’organisations qui eux-mêmes à plusieurs égards ne sont
 pas irréprochables, car sujets à l’opacité dans leur mode de fonctionnement, au règne 
de la pensée unique, à la course aux financements et opportunités, au dénigrement
 systématique de toute initiative nouvelle. »

La toile qui sera exposée au Togo. (Photo de Erin Royal Brokovitch)

Une toile qui montre les pensées des participantes à l’atelier.  Deux exemplaires: « La lutte c’est chaque jour de notre vie » et « Nous sommes une generation sacrificiée pour la Fierté et la Liberté des LBT. » (Photo de Erin Royal Brokovitch)

Voilà peut-être la phrase la plus retentissante de la lettre ouverte publié à la fin de l’atelier du 20 au 24 février 2017 par les participantes. Elles continuent de prôner la force de l’union dans les initiatives, plaident pour la solidarité entre les associations lesbiennes  africaine, mais ont voulu mettre les différents « appeleurs » au boycott face à leurs contradictions, à leurs propres travers qui ne les légitiment pas forcément eux-mêmes dans leur démarche de dénonciation de l’atelier, du fonctionnement de la SIL.

Un autre fait important de la lettre ouverte qui vise à démonter  les accusations selon laquelle tout pour cet atelier de lesbiennes africaines, tout avait été décidée en France par la SIL, c’est que les participantes y affirment qu’elles ont toutes été associées à la définition des besoins :

« Nous, les participantes, rappelons que AVAF, Elles Cameroun, Sourire de femme,
 Ladies Voice, ATFA, Lady’s Cooperation, AFE Mali, MOUSSO-GOMDE, Humanity First 
Cameroon, Afro- Benin, Denise Kolia (activiste, Cote d’Ivoire) et Joséphine Mandeng 
(activiste, Cameroun) avons été toutes impliquées depuis le début du processus de 
l’organisation de cet atelier et avons renseigné un questionnaire d’identification de 
nos besoins qui nous avait été transmis plusieurs mois à l’avance par Humanity First
 Cameroon » .

D’autre part, elles  précisent que l’atelier a été juste  financé par la SIL, mais organisé et facilité par des africaines.

Logo de Solidarité Internationale LGBTQI

Logo de la Solidarité Internationale LGBTQI

Les dénonciations et appels au boycott des réseaux QAYN, CAL et autres associations AVAF et Elles tomberaient-ils donc dès lors au vu des ces clarifications apportées par les participantes elles-mêmes ? Les participantes ne comprennent pas une telle démarche qu’elles estiment une « campagne … [qui va] diviser davantage l’Afrique, d’offrir un spectacle désolant aux
 yeux du monde et d’assoir des intérêts égoïstes au détriment des intérêts de la
 collectivité. Nous pensons que l’Afrique mérite mieux que les intérêts des personnes et cela doit primer avant tout ».

Du coté de la SIL, le témoignage des participantes d’avoir été associées trouve écho dans l’historicité de l’affaire et la genèse de cet atelier.
L’on apprend d’eux que l’initiative de cet atelier date de pas moins de 05 ans lors de la conférence ILGA à Stockholm en 2012 où les LGBT africains avaient encore déploré leur manque de visibilité.

Sur la base de ce constat fait et le « souhait de se revoir pour réfléchir aux modalités du renforcement du mouvement LGBT francophone en Afrique » par ces leaders, deux activistes français dont Thomas Fouquet-Lapar, président de la SIL à cet époque, qui étaient à cette conférence, se revoient, discutent de ce projet et décident à cette fin de relancer la SIL en 2014 , en accord avec le président de la SIL crée en 2005, cette association « qui était en sommeil». Du point de vue des responsables de la SIL, aucun participant à la conférence ILGA n’avait jusqu’à lors « pris l’initiative d’organiser une nouvelle rencontre de ce groupe francophone ».

Robert Simon, président de la Solidarité Internationale LGBTQI. (Photo de Facebook)

Robert Simon, président de la Solidarité Internationale LGBTQI. (Photo de Facebook)

L’historique du processus tel qu’en témoigne l’actuel Président Robert Simon, retranscrit de son point de vue, leur seule volonté d’avoir voulu soutenir le mouvement LGBT francophone, régler le problème du manque de visibilité déploré à Stockholm en 2012, et surtout qu’ils ont toujours été dans le démarche de vouloir associer les personnes concernées, y compris les lesbiennes.

Robert Simon raconte le point de vue de la SIL dans une réponse aux questions posée par ce blog. (Lire ici.)

À la question de savoir si au vu de cette polémique ils peuvent continuer de travailler avec les associations lesbiennes d’Afrique francophone y compris celles sui ont appelé au boycott, il répond positivement, mais en mettant un bémol :

« Bien sur nous allons continuer à travailler avec des associations LBT d’Afrique Francophone, dont éventuellement celles qui ont appelé au boycott du séminaire de Yaoundé mais cela nécessitera que les relations avec ces associations soient clarifiées. L’hostilité manifestée à l’égard de SIL par ces associations nous invite à faire une pause dans notre action » .

Au sujet des accusations d’exclusion des lesbiennes dans leur association, ils opposent les faits suivants :

« Pour préparer l’assemblée générale de SIL en septembre 2016, nous avions souhaité avoir des femmes dans notre conseil d’administration. Malheureusement il n’y avait qu’une femme et une demi-douzaine d’hommes lors de notre assemblée générale. Nous avons proposé à cette femme de s’associer à nos travaux. Elle a décliné l’offre. Dans le mouvement LGBT français la relation entre les gays et les lesbiennes est difficile. Quasiment toutes les associations de lesbiennes ont quitté l’Inter LGBT (qui réunit plusieurs dizaines d’associations LGBT).

Nous sommes 5 au conseil d’administration de SIL. 5 hommes. Cela ne nous empêche pas de vouloir travailler avec les associations LBT, en France comme en Afrique. Nous avons publié sur notre site internet (22 décembre 2016) un appel pour rechercher la collaboration d’une personne LBTQ pour contribuer au suivi du projet de séminaire.

Nous sommes conscients du manque de diversité de notre conseil d’administration mais fallait il pour cela refuser de mettre en œuvre ce projet issu du séminaire de Paris ? N’aurions-nous une légitimité que sur les questions gays ?

Notre souci de la diversité du mouvement LGBTQI se manifeste notamment par le fait que lors de notre dernière assemblée générale nous avons ajouté les lettres QI au nom de notre association » .

Le séminaire a-t-il été attaqué par des associations lesbiennes parce qu’il était mis en œuvre par une association africaine LGBT et non par une association LBT ?

La localisation du Cameroun dans l'Afrique

La localisation du Cameroun dans l’Afrique

À l’observation et l’analyse de cette crise, l’espoir c’est que le mouvement LBT Africain soit mieux structuré, plus uni et solidaire comme l’a souligné toutes les communications. Pour cela, comme les protagonistes de l’atelier (SIL et participantes) l’ont relevé, les lesbiennes ont déjà assez d’ennemies comme cela pour s’exposer publiquement en affichant des polémiques. SIL certainement et malgré toutes ses bonnes intentions devra accroitre par son mécanisme, ses interactions avec les associations LBT, la mise en avant de celles-ci.

Aussi, les associations et réseaux LBT au Cameroun et en Afrique francophone devraient véritablement sortir de la dynamique de penser que la communauté LBT est la propriété  d’une association particulière ou un réseau.

Toutes les initiatives en effet pouvant réunir pour impulser une réflexion commune, une défense de leurs droits et intérêts, devra être encouragée que d’être démolie et attaquée.

Erin Royal Brokovitch, l’auteur de cet article, est un militant pour les droits LGBTI au Cameroun qui écrit sous un pseudonyme.

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